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Oeuvres d'Annick VALLEE LE PEVEDIC

LE RÊVE DE JULIEN conte 1986

Publié le 28 Mai 2016 par annick Vallée Le Pévédic in conte

J'ai écrit ce conte ; mais vous allez voir que le début se passe dans ma commune, près de chez moi. Ensuite : le rêve mais aussi le voyage, la géographie. Fermez les yeux, nous partons ......

 

Dans la verdoyante campagne bretonne, il existe encore une gare d'images d'Epinal. Sur le quai : un banc de bois installé sous une tonnelle où grimpe l'odorante glycine mauve qui s'accroche aux croisillons.

Les trains passaient sous un antique pont de pierres de granit, aux joints moussus.

Un jour, une équipe d'ouvriers est venue : le pont devait être remplacé par un pont moderne, sans âme, même pas plus large ! Pelleteuses, machines aux tenailles d'acier entrent en action, griffent, grattent, creusent la terre ; les piliers rebelles sont détruits à la dynamite : une explosion, un gros nuage de poussière : un trou béant, adieu l'antique pont.

Un pont aux barres métalliques, à claire-voie, lui a fait place, édifié plus haut que l'ancien afin qu'y passent les trains électriques.

Dans le jardin de Mamy, Julien, trois ans, regarde passer les trains, frissonnant à chaque roulement de tonnerre, mais toujours fasciné. A chaque passage, il court les voir derrière la haie de laurier-palme.

 

Julien a quinze ans. Le Paris-Brest c'est son Orient-Express : la flèche file à travers l'espace. Wagons luxueux avec salons aux sièges capitonnés de velours cramoisi, au sol une moquette épaisse. Les cloisons de séparation sont garnies de cadres évoquant des Paradis lointains : végétation luxuriante, soleil, eau transparente, ciel bleu, plages magnifiques bordées de palmiers.

 

La flèche file à travers l'espace. Julien est parti sur l'arc d'acier.

Plus de route, plus de ville, plus de trottoirs, seul le rail luit et brille sous la lune, fil d'or qui rejoint les étoiles.

Julien ferme les yeux. Le rêve commence.

Dans le compartiment voisin, Julien retrouve son copain Clément qui voyage pour chercher le diamant de Pattaya.

Ensemble, ils partent.......

Là où finit la terre, le Finistère de leur sol breton, ils embarquent sur un trois-mâts.

Toutes voiles dehors claquant au vent d'Ouest, ils laissent derrière eux le gris bleuté des granits, les maisons blanches aux toits d'ardoises, les genêts et les ajoncs d'or.

Le vent chante dans les huniers, le foc se gonfle.

Ferme les yeux Julien. Pas besoin de passeport, pas besoin d'autorisation pour le rêve. Tu pars à la découverte, suis du regard la mouette, tends ton visage au vent qui fouette. Sous les grandes voiles, suis du regard les étoiles, va vers la lumière, va vers l'Orient, là où le jour se lève.

 

La fatigue se fait sentir. Dans l'étroite cabine qu'il partage avec Clément, bercé par la houle, Julien s'endort.

La bateau quitte la Bretagne et le clapotis du port par une fin de journée de belle arrière-saison. Le "Mathilde" tire sur son mouillage, suit le chenal, puis nous voici seuls face à l'océan, déjà le large.

 

La vie à bord va s'organise, rythmée par les ordres secs et précis du commandant Kervezec, un vrai Breton, solide comme son roc natal, têtu, fidèle, respecté et aimé par ses hommes. Attiré par l'esprit d' de Julien et de Clément, mais aussi par leur maturité, leur sérieux, Joël Kervezec les a admis à bord.

Nuit calme. Le "Mathilde" semble glisser sur l'eau. Pas de gite, nous mangeons tranquillement, dévorant la cuisine de Marc, vieux loup de mer barbu, front dégarni qui a toujours bourlingué sur les océans depuis trente ans.

Ce soir la brise s'est levée, le vent rentre dans les voiles qu'il faut réduire à toute vitesse. Nous retrouvons un autre cap avec deux R celui-là : le Finisterre espagnol. Il vente à plus de quarante noeuds, les embruns montent jusqu'au grand mât. La mer s'agite au fur et à mesure que passent les heures. Dans les vagues de trois à quatre mètres le "Mathilde" se soulève, jaillit en avant et retombe lourdement dans les creux. Les yeux écarquillés, nous interrogeons la nuit devenue noire, nous déplaçant à tatons, titubant mais curieux. Julien et Clément, angoissés malgré tout, font connaissance avec leur première tempête. Il leur semble être embarqués sur une machine infernale, mugissement du vent, plainte du bateau. Ne se retrouvent-ils pas dans leur forêt ,de Brocéliande au milieu de la ronde maléfique des korrigans ?

La superbe de leur jeunesse les fait s'endormir. Ils n'ont pas à veiller comme les marins. Ils sont ici pour l'aventure. A l'agitation de la nuit, succède le calme que les marins mettent à profit pour ranger le champ de bataille !!!

 

A l'aube, devant nous, se dressent les contreforts du Rif, chaîne de montagnes plissées et escarpées qui bordent la Méditerranée.

Le soleil a atteint le sommet de sa courbe. Les villages entourés de forteresses, ocres et dorés, assoupis, s'étagent à flanc de collines.

 L'ancre plonge dans l'eau. Un port comme tant d'autres, sale, industriel, sans attrait, grouillant, à l'odeur de sueur et de pétrole, sans charme ni rêverie celui-là.

Le rêve est ailleurs, encore plus loin. Rien ne retient l'équipage ici. Les provisions de vivres et d'eau sont faites. Se hissent les voiles. L'alizé est solidement établi et le bateau avance régulièrement.

Nos deux " Tintins " font des voeux sous un ciel riche d'étoiles filantes.

Nous passons devant Malte, île aux multiples civilisations. Les eaux étant profondes, le "Mathilde" glisse près de la côte pour la découvrir. Malte, ville fortifiée au sud de la Sicile, aux côtes ingrates pour le paysan est providentielle pour les marins, elles ouvrent un havre hospitalier entre l'Est et l'Ouest de la Méditerranée. On aperçoit une forêt d'antennes de télévision sur les toits des maisons serrées les unes contre les autres. Maisons accrochées au rocher escaladant la colline, peintes de couleurs vives, aux petits balcons avancés, de style anglais.  Dernière civilisation européenne.... Toujours plus loin ....

. Nous entrons dans le canal de Suez. L'Orient s'offre à nous.

Sur le bateau, magie de la naissance du jour : à l'heure où il poind, une ligne plus foncée se forme à l'horizon. Métamorphose, envoûtement pour Julien et Clément : la terre naît sous leurs yeux. Même la musique de l'eau sous la coque devient mélodieuse, ensorcelante;

Autour du "Mathilde" imposant, dansent les dhaws, barques légères égyptiennes à voiles.

Le mystère des Dieux Râ, Horus, Hathor plane dans le ciel. Julien serait prêt à venir chercher le trésor de Toutânkhamon !!!

Le soir tombe sur la Mer Rouge. Fascination, frissons, Julien et Clément captivés, contemplent les fastes du couchant : le chatoiement des couleurs chaudes, orangées, ocrées, irisées. Lumières féériques pour un rêve.

Hymne à la gloire du Dieu Soleil dans la splendeur de son coucher.

Puis, tous les feux s'éteignent. La nuit vient vite en Orient.

 

Le "Mathilde" descend tranquillement la vallée du Nil pour arriver au Yémen, pays mythique, terre secrète, millénaire.

Yémen énigmatique, ancien royaume de la reine de Saba.

D'après le parchemin qu'ils ont en poche depuis leur départ, n'est-ce pas là que serait caché le trésor de Pattaya ? Au royaume fabuleux des richesses de l'Antiquité où les produits précieux de l'Inde   et un tombeauet de la Chine transitaient par ses ports.

Malgré la majesté des lieux, nos deux héros, impressionnés malgré tout par les paysages captivants, enivrants, angoissants qu'ils traversent, n'oublient pas ce qui les a réunis : trouver le trésor indiqué sur le parchemin qui dormait dans une malle, dans le grenier des grands-parents de Clément.

 

Sur le parchemin, des mots secrets : SANAA, IMAN, DJAMBIA, MUFFREDGES ??? Inconnus pour eux. Et un dessin : : deux piliers soutenant une voûte romane, au-dessus : un fronton avec une inscription que nos amis avaient fait déchiffrer à l'université de Rennes avant de partir : "Porte de la vieille ville" , derrière cette porte dessinée, une mosquée et un tombeau à l'effigie de la reine Anouar.

Ayant résolu certaines énigmes, Julien et Clément savent qu'ils doivent débarquer au port de Hodéida. Ils prennent congé de l'équipage qui leur souhaite "bonne chance". Ces marins, pourtant habitués à la vie rude de la navigation, admirent le courage, la volonté, la foi de ces jeunes aventuriers qui ont une passion et n'ont pas hésité à partir pour glâner une moisson de rêves.

Ici, la chaleur lourde, épaisse, colle à la peau comme un sirop. L'atmosphère n'est que moiteur mais n'accable pas les deux garçons.

Ces terres de légendes, de richesses, aux noms prestigieux où les pierres parlent de tout un passé féérique, captivent Julien et Clément qui déploient leur parchemin sur le sable. Il leur faut aller à Sanaa, la capitale du Yémen.

SANAA : premier mot étranger du parchemin. Sanaa, un rêve, une magie,qu'on a du mal à décrire : un découpage d'architecture dans des tons ocres, sables, blancs...... Ville irréelle, grouillante où il y a peu ou pas d'étrangers

Julien et Clément vont-ils se perdre dans le formidable dédale des ruelles, véritable labyrinthe, d'où émergent, formant une zône d'ombre, les hauts minarets ? Les deux garçons rêvent dans cette cité surnaturelle, si loin de chez eux. Ils errent dans les souks colorés, parfumés par les odeurs des épices et des graines grillées. Cohue inimaginable, ballet folklotique, déconcertant où nos "Tintins" chercheurs se laissent porter par le courant de la foule, grouillement multicolore. L'aventure merveilleuse et le dépaysement continuent.

A Sanaa, chaque construction a l'apparence d'un palais. Fenêtres, balcons, murs, tout support est finement ciselé, artistiquement travaillé. Ville ocre et blanche, envoûtante.

 

Peu à peu, se dévoile le secret des mots du parchemin.

A SANAA, ils y sont.

L' IMAM, c'est le roi dans les pays arabes.

La DJAMBIA, est un poignard au manche en corne de zébu, serti de pierreries.

Les MUFFREDGES sont des salons aux fenêtres munies de vitraux où les Yéménites reçoivent leurs invités.

Noms étrangers d'un message secret : Julien et Clément s'efforcent de reconstituer le puzzle.

Etant sur place, ils savent désormais où se diriger. L'inscription sur le fronton du dessin désignait la porte de la vieille ville, mais après ? Des gardes leur interdisent l'entrée de la mosquée royale.

IMAN ? Voilà ! Ils demandent audiance à l'Imam Ouar Jibla qui les reçoit dans un somptueux salon rouge et or, garni de magnifiques tapis persans où s'amoncellent des coussins de soie.

Emu par l'aventure de ces deux garçons passionnés qui possèdaient le parchemin remis par un de ses ancêtres. Il les accompagna personnellement à la mosquée où ils n'auraient pas pu pénétrer seuls. Il leur offre un coffret ciselé, véritable bijou. A l'intérieur : deux djambia d'or au manche en  corne de zébu et sertis de véritables pierres précieuses : le trésor de Pattaya.

Trésor qui attendait la venue des possesseurs du parchemin

 

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