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Oeuvres d'Annick VALLEE LE PEVEDIC

L'ours blanc

Publié le 17 Octobre 2014 in conte

L'ours blanc

Le Grand Nord canadien est une région de taïga et de toundra, très peu de mousse et de lichens sur de rares roches déneigées. Il est formé des territoires de la Baie-James et du Nunavik, c'est-à-dire, dans la langue des Inuits : " le pays où vivre". C'est le royaume incontesté de l'ours polaire, du phoque, du boeuf musqué et du plus grand troupeau de caribous du monde.

Dans ce Grand Nord canadien, dans la région de Taloyoak, une femme du clan de Kuujjuarapik, Ania, d'un village des Inuits, se désolait de ne pas avoir d'enfants. Elle serait morte de désespoir si elle n'avait pas adopté un bébé ours polaire, tout blanc, évidemment !

Ania a nourri l'ours blanc qu'elle nomma Grapik. Elle l'a élevé comme un fils. Docile, il la suivait partout, lui tenant toujours compagnie. Ainsi passèrent des années heureuses. La femme vieillissait mais avait le soutien de son gentil compagnon : l'ours blanc.

Hélas, par un hiver rigoureux,où la température descendit à moins cinquante degrés, la population du village vint à manquer de nourriture et tout le monde pensa à l'ours !

Ayant eu vent du projet qui visait à abattre Grapik, Ania lui en parla. Depuis des années, ils se comprenaient ; l'ours étant son enfant. "Les hommes du clan vont te tuer, il va falloir que tu partes dans la forêt et il ne faudra pas revenir. Tu vas devoir vivre avec les ours blancs polaires de ton peuple". A la nuit tombée, Ania revêtit son amanti et prit son ours-enfant par la patte. -" Viens vite, sortons sans bruit, cachons-nous" ... Et ils s'en allèrent tous les deux, loin du village, très loin par les chemins remplis de neige. Quand il n'y eut plus que neige et glace à l'horizon, la vieille femme , le coeur plein de tristesse, résignée à perdre Glazik afin de le sauver, l'abandonne dans ce milieu où il se trouve étranger. Ses semblables lui sont inconnus, s'éloignent de lui et le rejettent. Comment va-t-il s'habituer à cette nouvelle vie ? Ania, bien triste de le laisser, rentre au village, épuisée, mais l'esprit plus tranquille car "son" ours est ainsi sauvé de la vindicte populaire.

Les années passent .... Dans le village, la nourriture est revenue. Les habitants ont oublié l'ours. La vieille femme, elle, y pense tous les jours. Qu'est-il devenu ?

Selon la loi Inuit, il ne faut jamais tuer une femelle ou un ourson ... mais, plus tard, un adolescent inuit ne deviendra un homme que lorsqu'il aura tué son premier ours blanc. Ania connaît la loi. -" Qu'est devenu mon compagnon ? Mon bébé ourson doit être un bel ours blanc. Est-il vivant ? " C'était son obsession. Espérer, dans sa solitude. Espérer, sa raison de vivre.

En Arctique, la vie commence avec l'hiver.... Sous une épaisse couche de neige, l'ourse blanche met bas. Les oursons font vite leurs premiers pas. Très joueurs, ils ne laissent aucun répit à leur mère qui partage roulades et câlins avec eux. Ils sont souvent deux à trois bébés à se partager sa tendresse. Rassurant, le dos maternel offre une vue imprenable pour la découverte de leur monde nouveau.Cependant, dans des conditions climatiques extrêmes, l'alimentation est primordiale. En attendant de chasser, les oursons puisent des forces dans le lait maternel de maman ourse qui se repose à l'abri dans de petites cavernes de glace, pendant que ses bébés tètent.Le papa ours blanc est un grand chasseur et pêcheur. Il nage vite car ses pattes avant sont palmées et une grosse couche de graisse le protège du froid. Tributaire de la banquise, qui hélas fond peu à peu à cause du réchauffement de la Terre, banquise sur laquelle il vit et où il trouve l'essentiel de sa nourriture, réduit son territoire de chasse. Dès qu'un phoque sort la tête de l'eau pour respirer, papa ours, d'un coup de patte agile ! eh oui ! l'attrape. Les oursons pourront bientôt croquer du phoque.

En Arctique, la vie commence avec l'hiver ...

L'espoir aussi pour Ania. Un soir, quand la nuit fut tombée, dans le silence de sa cabane en bois, la vieille femme entend des bruits sourds, un souffle, une respiration, un grognement. Son coeur tressaille. Elle ouvre la porte : "son" ours blanc, tel un seigneur des glaces, du haut de ses deux mètres, se dresse devant elle. Elle ne voit que lui et se blottit contre la fourrure blanche, des larmes coulent sur son visage ridé. Il ne l'a pas oubliée ! "Son" ours blanc ne revenait pas seul : une belle ourse et deux adorables oursons blancs l'accompagnaient. Ania était comblée. Ce jour, celui d'un grand bonheur !

..... E n Arctique, la vie recommençait avec l'hiver ....

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