Ca y est, il est de retour Joseph. Sur la route sombre, il revient dans le règne des vivants. Ses pieds, gelés dans la boue des tranchées, le font souffrir, mais il a survécu à la mort. Il a réussi à se dissimuler sous de pauvres corps, il a rampé pour s'évader, fuir la saleté, les rats, les poux, l'enfer pestilentiel, échapper aux tirs des canons. Joseph n'a pas déserté : campement saccagé, plus personne au poste de commandement .... Que des morts, compagnie dissoute.
Il a trouvé refuge dans la remise, un abri providentiel, bonheur de dormir dans de la paille !
Loin du front, loin de la mitraille, Joseph a réussi à s'orienter mais il ne reconnaît plus son village de Joyland dévasté par les obus, tristesse de la terre souillée, trouée, non cultivée, un désastre et que des ruines ! Où était l'épicerie ? Le café du Commerce ? La poste ? La marchande de galettes ? Le coiffeur ? Le maréchal ferrant ?
Joseph pense à tous ceux qu'il a connu à Joyland. A tous nos disparus, à son frère Louis Coëlo, tombé au combat près de lui, à la bataille de Fray le Sec, à 22 ans le 19/10/1918, pas de chance, peu avant l'armistice. Joseph n'a rien pu faire, rien d'autre que de s'enfuir.
Ils seront décorés, la mémoire au coeur, noms gravés sur les monuments aux Morts pour la France. Est-ce cela le bonheur national brut ? Une décoration pour mourir "au champ d'honneur" !
Joseph a vu trop de souffrances, trop de compagnons d'armes décédés, les corps ouverts, les têtes éclatées, alors : ne pas oublier mais ne pas pleurer.
Que la paix puisse revenir dans le grand cercle du monde.